Nord-Kivu : le tourisme renait dans le parc des Virunga

(Syfia Grands-Lacs/Rd Congo) Les touristes sont de plus en plus nombreux à visiter le parc des Virunga au Nord-Kivu, non loin de Goma, attirés par les volcans et les gorilles présents aussi au Rwanda. Des revenus qui profitent aux riverains parfois poussés par certains notables à envahir le parc.
Précisions de Francesco De Lisi, chargé de la communication du parc national des Virunga (PNVi)
TEMBO VIRUNGA
Syfia Grands-Lacs (SGL) : Les touristes sont de plus en plus nombreux à visiter le parc des Virunga. Pourquoi ?

Francesco De Lisi (F. L.) : Le nombre de touristes qui ont visité le Parc national des Virunga (PNVi) a sensiblement augmenté ces deux dernières années : 600 personnes l'ont fait en 2009, dont 98 % d'étrangers (un tiers sont des Italiens). En 2010, nous avons ouvert au tourisme le site du volcan Nyiragongo. Nous avons enregistré trois fois plus de visites (1 800). Ces visites ont été réparties également entre le volcan et les familles de gorilles. Pour l'année en cours, nous avons connu un pic avec 328 visites pour le seul le mois de juin. Le nombre de touristes pourrait nettement augmenter si les problèmes de visa étaient résolus. En effet, les touristes ont beaucoup de difficultés à obtenir le visa d'entrée en RDC. Nous sommes en train de trouver un compromis favorable avec la Direction de l'immigration (DGM).

SGL : Quels sont vos projets pour augmenter encore le nombre de touristes qui payent 400 $ par personne pour voir les gorilles?

F. L. : Nous avons ouvert un bureau de tourisme à Goma en mai 2009 où tout le monde peut réserver pour les visites aux gorilles et cette année nous avons créé un site Web (www.visitvirunga.org) qui illustre notre offre au public et permet de réserver en ligne. Mais les gorilles ne sont pas la seule attraction touristique du PNVi. Il y a aussi l'ascension du Ruwenzori et du volcan Nyiragongo ainsi que les chimpanzés de Tongo, récemment habitués à la présence humaine et que les touristes pourront voir prochainement.

SGL : Quelles sont les relations entre l'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN ) en RDC et l'Office pour la promotion du développement au Rwanda (RDB) sur la migration des gorilles ?

F. L. : Il existe un secrétariat de la collaboration transfrontalière qui traite des questions de migration de gorilles et des relations entre les autorités étatiques de la conservation de la nature (RDC, Rwanda et Ouganda). Pendant la guerre, plusieurs gorilles du PNVi ont trouvé refuge dans le parc des Volcans au Rwanda frontalier. Ces gorilles sont revenus sur leur terre natale une fois la guerre terminée, à l'exception de la famille Kwitonda, du Congo, forte de 18 gorilles, qui a migré au Rwanda en 2004.

SGL :- Comment évoluent les relations entre l'ICCN et les riverains du parc ?

F. L. : Dans certains secteurs, les populations riveraines ont envahi le Parc pour se livrer à des activités illégales telles que le braconnage, la culture illicite ou la construction de maisons, encouragées par des notables locaux. Ce qui nous oblige, afin de conserver l'extraordinaire richesse en biodiversité du parc et de remplir notre mandat, d'utiliser parfois la force quand la loi est violée. Mais nous sommes en train de mettre en place des comités de dialogue avec ces populations.
Le PNVi est engagé en faveur des riverains du Parc depuis quelques années. Au cours des trois dernières, le PNVi a réalisé des investissements sociaux dans les domaines de l'éducation, de la santé et des infrastructures, qui ont permis de créer de nombreux emplois directs et indirects dans la province du Nord-Kivu autour du parc. Parmi les réalisations, neuf écoles et deux centres de santé construits et équipés et une microcentrale hydroélectrique de 400 kVA en cours de construction à Mutwanga. Des investissements qui ont été rendus possibles par la protection dont bénéficie le PNVi de par son statut de réserve naturelle intégrale et de site du Patrimoine mondial de l'humanité, ainsi qu'aux efforts de l'ICCN et de ses partenaires dont l'Union européenne.

ENCADRE

Absence d'officiels congolais au baptême des gorilles au Rwanda
Lors du baptême des bébés gorilles, qui a lieu au Rwanda tous les ans au mois de juin depuis 7 ans, deux jeunes gorilles de RDC de la famille Kwitonda, de la réserve de Tanya non loin du parc des Virunga en RD Congo, ont reçu leur nom. Aucun officiel congolais n'était présent à cette cérémonie de renommée internationale, avec parrainage possible sur Internet.
"Avec ce que je viens de voir, je suis particulièrement sensibilisé à cette pratique, car les deux bébés gorilles qui avaient fui les exactions des braconniers et le bruit de bottes des bandits armés viennent d'être baptisés au profit et en l'honneur de la République démocratique du Congo. Dommage qu'aucun officiel de mon pays n'ait été présent à cette cérémonie qui interpellerait les gens et pourrait servir d'exemple chez nous", regrette un responsable d'une agence de tourisme à l'est de la RDC. Donner un nom aux gorilles permet au Rwanda de faire mieux connaître ses richesses touristiques, de recevoir des dons en faveur de la préservation de ces animaux en danger et d'aider les populations riveraines des parcs qui bénéficient des retombées du tourisme. Ce secteur a rapporté plus de 200 millions de dollars au Rwanda en 2010.

Alain Wandimoyi