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Nord-Kivu : chercher le bois à plusieurs évite de se faire violer

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Pour éviter d'être violées quand elles vont chercher du bois, les femmes déplacées de guerre au Nord-Kivu tentent d'organiser elles-mêmes leur défense en se regroupant.

"Je me rendais dans la forêt pour aller chercher du bois de chauffage lorsque j’ai rencontré ce papa qui travaillait dans un champ, raconte Bonane Germania, une déplacée de guerre du camp de Mugunga II, à l'ouest de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu. Il a tenté de me violer. Lorsqu'il a vu que des gens venaient à mon secours, il s'est ravisé et a crié qu’il venait d’attraper un voleur dans son champ. Il avait pourtant déjà enlevé mon pagne et déchiré ma blouse", poursuit-elle. L'homme, tombé dans le filet tendu par les femmes, a par la suite avoué son méfait et est écroué à la prison de Goma.
Depuis quatre mois, les femmes des camps de déplacés, qui ont fui les combats dans la région, s'organisent pour sortir en groupe afin d'éviter les violences sexuelles dont elles sont régulièrement victimes lorsqu'elles vont chercher du bois, unique moyen de cuisson des aliments, dans les forêts avoisinantes. "Comme la Justice et les autorités ne veulent pas s’occuper de nous, désormais nous nous prenons en charge pour nous protéger. Ces violeurs passent leur temps à nous attendre pour faire leur sale besogne. Nous allons nous en sortir, à moins qu’ils utilisent des armes", explique Anastasie Mutokambali, une déplacée parmi les leaders de cette initiative.
Le Nord-Kivu, où les zones de combat sont nombreuses, est particulièrement touché par ces violences contre les femmes, utilisées comme une arme de guerre parmi d'autres. "Des statistiques de toute la RDC montrent que le Nord-Kivu compte à lui seul plus de 40 % des cas de violence sexuelle", souligne Jeannine Mukanirwa, du Centre national d'appui au développement et à la participation populaire. Les auteurs de ces crimes, qui étaient à l'origine les hommes en armes, sont désormais aussi les civils.

L'union fait la force
Conscients de leurs devoirs et obligations, "certains hommes ont compris que la protection de leur conjointe repose sur eux et ils accompagnent leur femme pour chercher le bois", explique Romain Baluku, déplacé du camp de Buhimba, à l'ouest de Goma. "À force d’être violées, nous avons tenté de nous faire accompagner par nos maris, mais plusieurs ont été copieusement tabassés. Notre expérience d'y aller en groupe a démontré son efficacité et je demande à toutes les femmes déplacées de respecter la consigne d'aller chercher le bois collectivement, car il est plus difficile de violer un groupe de femmes : l’union fait la force", conclut Adidja, membre du comité de déplacées de Mugunga II. Malgré les risques, les femmes continuent de s'occuper de l'approvisionnement en bois, une tâche essentielle qui leur est dévolue par la tradition alors que les hommes pourraient y aller eux-mêmes en attendant que la zone soit sécurisée...

Le danger reste
Un jour d'avril, alors que les femmes marchaient en file indienne à la recherche de bois, un homme d'une quarantaine d'années a tenté d'en violer deux qui se trouvaient en bout de file. "Mubakaji, Mubakaji ["Au violeur", ndlr]", a alors crié Kahindo, venue au secours de son amie, à l'adresse de l'homme qui s'est enfui. "Je crains que cette initiative soit éphémère, d’autant plus que les malfaiteurs ont plusieurs techniques de nuisance, estime cependant un policier qui a requis l'anonymat. Le danger est encore bien présent. Notre effectif ne peut pas couvrir toutes ces étendues".
Les femmes déplacées ne perdent pas espoir et réclament une assistance supplémentaire. "Nous ne cessons de dénoncer cette situation au gouvernorat comme ailleurs, mais rien n'est fait pour régler cette question de l'approvisionnement en bois de chauffage", souligne Adidja, membre du comité de déplacées du camp de Mugunga II, face à l'indifférence des uns et des autres.

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