De 2020 à 2026, la chronologie des discours menaçants attribués aux militants des parti politiques doit interroger. Des séquences vidéo remontant à 2020, 2025 et 2026 remettent sur le devant de la scène la question des discours menaçants dans la vie politique congolaise. Des déclarations attribuées à certains militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) soulèvent des interrogations sur la tolérance politique, la sécurité des citoyens et le respect des principes démocratiques. L’ouverture, le 21 octobre 2026, d’une enquête judiciaire concernant des propos attribués à Fils Mukoko donne une nouvelle dimension à cette question.

ANALYSE POLITIQUE | LA CRUCHE HEBDO 

La démocratie congolaise peut-elle se consolider lorsque des déclarations évoquant le recours aux armes surgissent dans le discours politique, tandis que des accusations de violences contre des opposants continuent de susciter l’indignation ? La question mérite d’être posée sans complaisance, mais aussi sans condamnation collective ni confusion entre accusations et faits judiciairement établis. Une chronologie de vidéos présentées comme datant de 2020, 2025 et 2026 remet en lumière des propos attribués à certains militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Parmi les séquences qui méritent une attention particulière figure une déclaration antérieure d’Augustin Kabuya, secrétaire général du parti présidentiel, évoquant la possibilité pour les combattants de l’UDPS de prendre les armes.

À cette déclaration s’ajoutent les propos récemment attribués à Fils Mukoko, qui ont conduit le ministre de la Justice à demander l’ouverture d’une enquête judiciaire. Ces épisodes soulèvent une interrogation centrale : les acteurs politiques mesurent-ils suffisamment les conséquences de leurs paroles dans un pays où la violence armée a déjà fait tant de victimes ?

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Augustin Kabuya : une déclaration antérieure qui mérite d’être réexaminée

Le débat ne commence pas avec Fils Mukoko. Le 25 juillet 2021, plusieurs médias congolais ont rapporté les explications données par Augustin Kabuya au sujet d’une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, dans laquelle il évoquait la possibilité pour les combattants de l’UDPS de prendre les armes. Selon les propos rapportés à l’époque, il avait déclaré que, si quelqu’un osait s’en prendre à leur victoire, « cette fois-ci, tous les combattants vont porter les armes ».

Augustin Kabuya avait ensuite expliqué que ses déclarations s’inscrivaient dans le contexte des tensions politiques de l’époque et d’une éventuelle tentative de renversement du pouvoir de Félix Tshisekedi. Il avait contesté l’interprétation selon laquelle il appelait les militants à prendre les armes contre les opposants. Cette explication doit être prise en compte. Mais elle ne dispense pas d’interroger la portée de telles déclarations lorsqu’elles sont prononcées par un responsable politique de premier plan. Dans un État de droit, la défense des institutions ne doit pas être confondue avec la mobilisation armée de militants politiques. La protection de l’ordre constitutionnel relève des institutions légalement habilitées, notamment des forces de défense et de sécurité, dans le respect de la Constitution et des lois.

Si une déclaration évoquant le recours aux armes mérite une enquête en raison de sa portée potentielle, le principe doit s’appliquer à tous, indépendamment du rang politique de son auteur.

La question posée aujourd’hui est donc légitime : les autorités judiciaires ont-elles examiné les circonstances et la portée de cette déclaration de 2021 avec la même rigueur que les propos plus récents ? Il appartient au ministère public de répondre à cette interrogation sur la base des procédures effectivement engagées et des éléments disponibles.

Fils Mukoko : une nouvelle affaire qui remet le débat au centre de l’actualité

En octobre 2026, une nouvelle controverse éclate autour de propos attribués à Fils Mukoko, présenté dans les médias comme un militant de l’UDPS. Selon les comptes rendus de presse publiés le 21 octobre 2026, une vidéo qui lui est attribuée évoquerait la distribution d’armes dans des terrains de football, des églises et des universités. Des menaces visant également des ressortissants occidentaux présents en République démocratique du Congo y auraient été formulées.

Face à la gravité de ces propos rapportés, le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a instruit le procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir une enquête judiciaire. L’UDPS/Tshisekedi a, de son côté, désavoué les propos attribués à Fils Mukoko, affirmant que ses initiatives n’avaient pas été autorisées par les organes du parti et rappelant son attachement à la non-violence.

La procédure judiciaire devra établir l’authenticité des images, le contexte des déclarations et les éventuelles responsabilités. Toutefois, la comparaison entre les déclarations attribuées à Fils Mukoko et celles prononcées par Augustin Kabuya en 2021 appelle une réflexion plus large sur la cohérence de la réponse politique et judiciaire aux discours évoquant le recours aux armes.

Il ne s’agit pas d’affirmer que les deux déclarations ont nécessairement la même portée juridique. Il s’agit de demander que chacune soit examinée objectivement, au regard de son contenu, de son contexte et des dispositions légales applicables.

Force du progrès : des accusations graves après la marche du 15 septembre

Le dossier prend une autre dimension avec les accusations formulées après la marche organisée le 15 septembre 2026 par la Coalition Article 64 (C64), plateforme de l’opposition mobilisée contre tout changement de la Constitution. Dans un rapport rendu public le 5 octobre, la C64 a fait état d’un mort, d’une dizaine de blessés et de plusieurs arrestations. Elle a mis en cause des membres de la Force du progrès, structure de jeunes présentée comme proche de l’UDPS, dans les violences ayant marqué cette manifestation.

La coalition a notamment accusé cette structure d’être impliquée dans la mort de Manassé Lomboto Bomengola, membre de l’entourage de Prince Epenge, président du parti ADD Congo. Selon le rapport de l’opposition, le jeune homme de 25 ans aurait été violemment frappé au cours des incidents avant de décéder dans un établissement hospitalier. La C64 a également mis en cause Augustin Kabuya, lui imputant une responsabilité dans les actes dénoncés. Ces accusations sont graves et doivent être examinées par les autorités compétentes, mais elles ne peuvent être présentées comme des conclusions judiciaires définitives.

L’UDPS a, pour sa part, contesté des accusations d’implication ou de mandat donné à la Force du progrès lors de manifestations de l’opposition. Le parti a rejeté les allégations formulées contre lui dans différents dossiers. Il revient désormais aux enquêteurs de confronter les versions, d’identifier les personnes impliquées et d’établir les circonstances exactes des violences.

La mort d’un citoyen au cours d’une manifestation politique ne peut être réduite à une polémique entre la majorité et l’opposition. Elle exige des réponses judiciaires.  « Une question essentielle : qui répond des actes commis au nom du militantisme ? »

La Force du progrès est régulièrement citée dans les controverses relatives aux violences politiques à Kinshasa. Des responsables de l’opposition l’accusent d’agir comme une milice liée au parti présidentiel. L’UDPS conteste, de son côté, certaines accusations et récuse l’idée que les actes dénoncés engagent automatiquement sa responsabilité.

Il serait prématuré de conclure, sans preuves établies par une enquête contradictoire, qu’Augustin Kabuya dirige personnellement une milice. En revanche, la gravité des accusations justifie que les enquêteurs examinent les éventuels liens organisationnels, les chaînes de commandement alléguées, les circonstances des violences et toute preuve susceptible d’établir des responsabilités individuelles. Si des personnes ont organisé, encouragé, commandité ou commis des violences, leur responsabilité doit être déterminée conformément à la loi.

Si les accusations ne sont pas établies, les personnes mises en cause doivent également bénéficier des garanties prévues par la justice. L’exigence d’une enquête indépendante ne constitue donc ni une faveur accordée à l’opposition ni une attaque contre le parti présidentiel. Elle représente une nécessité pour toute démocratie qui entend protéger ses citoyens.

Kabuya, Fils Mukoko et la responsabilité politique

Fils Mukoko a placé le débat sur un terrain particulièrement préoccupant avec les propos qui lui sont attribués en octobre 2026. Mais cette affaire ne devrait pas effacer les déclarations antérieures d’autres responsables politiques ni les interrogations suscitées par les violences dénoncées lors des manifestations. La question n’est pas de déterminer lequel des acteurs politiques aurait tenu les propos les plus inquiétants. Elle est de savoir si les mêmes principes de responsabilité s’appliquent à tous. Le secrétaire général d’un parti au pouvoir exerce une responsabilité politique particulière. Ses déclarations sont susceptibles d’être interprétées à la lumière de sa fonction et du contexte institutionnel dans lequel il s’exprime.

Cela ne suffit pas à établir une infraction. Mais cela rend légitime l’examen de la portée de ses propos lorsqu’ils évoquent le recours aux armes. De même, les déclarations d’un militant ne peuvent être automatiquement attribuées à l’ensemble de son parti. Les faits doivent être individualisés et les responsabilités établies.

La justice ne doit ni protéger les puissants ni condamner les individus sur la base de leur appartenance politique. Elle doit rechercher la vérité. Ce que La population congolaise demande aux autorités judiciaires

Au regard des différents épisodes évoqués, plusieurs questions méritent des réponses précises :

  • Les déclarations d’Augustin Kabuya en 2021 concernant le recours aux armes ont-elles fait l’objet d’un examen judiciaire approfondi ? Si oui, quelles en ont été les suites ?
  • Les propos attribués à Fils Mukoko en octobre 2026 ont-ils été authentifiés et replacés dans leur contexte intégral ?
  • Quelles sont les conclusions des enquêtes relatives aux violences survenues lors de la marche de la C64 du 15 septembre 2026 ?
  • Les circonstances de la mort de Manassé Lomboto ont-elles été établies, et les personnes éventuellement responsables ont-elles été identifiées ?
  • Les liens allégués entre certains individus de la Force du progrès et les responsables politiques cités dans les accusations ont-ils été vérifiés ?
  • Les personnes mises en cause ont-elles été entendues et leurs versions confrontées aux témoignages et aux éléments matériels disponibles ?

Ces questions ne préjugent pas des conclusions de la justice. Elles traduisent une exigence de transparence dans des affaires qui touchent à la liberté de manifestation, à la sécurité des personnes et au fonctionnement démocratique.

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Le peuple congolais n’appartient à aucun parti

La République démocratique du Congo a payé un lourd tribut aux violences politiques et armées. Ses citoyens n’ont pas besoin que la compétition partisane ajoute de nouvelles peurs à leurs difficultés quotidiennes.  Un militant de l’UDPS, du PPRD, de l’ECiDé, d’Ensemble pour la République ou de toute autre formation politique possède les mêmes droits et les mêmes obligations devant la loi.

Aucun parti ne peut revendiquer le monopole de la République. Aucun militant ne devrait se croire autorisé à menacer un citoyen au nom de la défense d’un régime. Aucune opposition ne devrait non plus être accusée sans preuves ni privée de ses droits fondamentaux. Le droit de manifester pacifiquement, de critiquer le pouvoir et de défendre ses convictions constitue une composante essentielle de la vie démocratique.

Lorsque des menaces sont formulées, elles doivent être examinées. Lorsque des violences sont commises, elles doivent être documentées. Lorsqu’un citoyen perd la vie, les circonstances doivent être établies et les responsabilités recherchées.

La vérité avant les appartenances politiques

De la déclaration d’Augustin Kabuya en 2021 aux propos attribués à Fils Mukoko en 2026, en passant par les accusations relatives à la Force du progrès, une exigence demeure : la justice doit traiter les faits avec sérieux, indépendance et impartialité.

Il ne serait ni rigoureux ni juste de conclure, sur la seule base de ces éléments, qu’une organisation politique entière serait responsable de menaces ou de violences. Mais il serait tout aussi préoccupant de minimiser des déclarations ou des accusations graves au motif qu’elles concernent des acteurs proches du pouvoir.

La justice doit aller au-delà des rivalités partisanes, vérifier les preuves et établir les responsabilités sans protection ni règlement de comptes.

Le peuple congolais ne demande pas que ses adversaires politiques soient condamnés. Il demande que la loi soit appliquée à tous.

La démocratie ne se défend pas par la peur, les armes ou l’intimidation. Elle se consolide par le respect des libertés, la responsabilité des dirigeants et une justice capable de rechercher la vérité, même lorsque celle-ci dérange les puissants.

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