Après cinq ans d’une attente interminable qui commençait à nourrir de vives tensions, les secouristes du Nord-Kivu ont enfin obtenu leurs brevets de formation en premier secours à base communautaire. Bloqués à Kinshasa depuis 2021 en raison du contexte sécuritaire et administratif complexe de la région, ces précieux documents ont été remis officiellement ce samedi 19 septembre 2026 dans une grande salle de la Croix-Rouge de Goma prise d’assaut. Ce moment de délivrance s’est transformé en un vibrant plaidoyer pour la réconciliation, la discipline et le respect strict des principes humanitaires.

La délivrance et le soulagement se lisaient sur les visages. Ce samedi, la grande salle du comité provincial de la Croix-Rouge à Goma s’est révélée trop petite pour contenir la marée de volontaires venus assister à une cérémonie historique. Au total, un lot impressionnant de plus de 1500 brevets a été distribué aux ayants droit par la commission ad hoc.

Rythmée par l’hymne du mouvement (la Solferino), la présentation de la commission et la remise proprement dite, l’activité a mis fin à des remous croissants entre la base et les dirigeants. « Mieux vaut tard que jamais », soufflaient les récipiendaires, dont la patience avait été mise à rude épreuve par les pesanteurs administratives et la crise humanitaire qui secoue le Nord-Kivu.

L’appel à l’ordre du Président National depuis Kinshasa

L’un des moments forts de cette journée a été l’intervention en direct et par haut-parleur du président national de la Croix-Rouge de la République Démocratique du Congo. Depuis Kinshasa, le leader national a tenu à s’adresser directement aux secouristes de Goma pour fixer les règles du jeu et rappeler les sept principes fondamentaux qui régissent le mouvement international : « Les secouristes, vous êtes le porte-étendard du mouvement. Vous êtes des représentants qui ne peuvent pas changer les principes de la Croix-Rouge, vous devez travailler dans la discipline », a martelé le président national au téléphone. Dans un contexte local particulièrement sensible, il a insisté sur l’obligation de neutralité et d’impartialité : « Agissez selon les principes du mouvement, respectez l’utilisation des emblèmes et ne divulguez jamais les secrets de la Croix-Rouge aux personnes extérieures. Notre mission unique est de protéger, secourir et prévenir les maladies. Que les secouristes arrêtent de se chamailler », a-t-il tranché, tout en rassurant l’assistance que la gouvernance nationale planifiait activement le déploiement de nouveaux soutiens sur le terrain malgré des moyens limités.

« Enterrons la hache de guerre »

Emboîtant le pas au président national, le président de la commission ad hoc a exhorté les volontaires à intérioriser ces conseils de sagesse. Rappelant une célèbre formule historique pour illustrer la force du collectif, il a souligné : « Ensemble nous sommes debout, divisés nous tombons. Le président n’est pas un magicien, seul il ne peut rien, mais avec l’appui de son peuple il peut tout. »

La commission ad hoc a tenu à rappeler son rôle de serviteur temporaire, affirmant que les secouristes restaient « les véritables patrons de la Croix-Rouge ». Sa feuille de route est désormais claire : amorcer une réconciliation profonde et définitive : « Il n’y a pas deux mouvements de la Croix-Rouge, il y a une seule et unique Croix-Rouge. Nous devons nous aimer. Enterrons la hache de guerre, unissons-nous et la Croix-Rouge ira de l’avant », a lancé le président de la commission, appelant les volontaires à aller remobiliser ceux qui s’étaient éloignés du siège par amertume.

Des élections conditionnées par le retour de la paix interne

Le message final s’est voulu aussi une clarification attendue sur l’avenir politique du comité provincial du Nord-Kivu. La commission ad hoc a prévenu la base : le calendrier électoral dépendra directement du climat social interne.

Ce n’est que lorsque le comité directeur national constatera le retour effectif de l’amour, de la cohésion et de la réconciliation à Goma que le scrutin pour le nouveau comité provincial sera officiellement convoqué. Pour les humanitaires du Nord-Kivu, le chemin de l’unité est désormais tracé, brevet en main.

Alain WANDIMOYI