Par Sourient KASONYA
Depuis plusieurs mois, la maladie à virus Ebola, notamment liée à la souche Bundibugyo, constitue une préoccupation sanitaire dans certaines zones du Nord-Kivu et de l’Ituri. Face à cette situation, les équipes de riposte insistent sur le respect des mesures de prévention, particulièrement lors des décès suspects ou confirmés. Pourtant, dans certaines communautés, la méfiance et les pratiques funéraires traditionnelles compliquent encore le travail des équipes sanitaires. Veillées funèbres, contacts physiques avec le corps du défunt, toilette mortuaire ou autres gestes coutumiers peuvent favoriser la transmission du virus lorsque le décès est lié à Ebola.
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« Ebola est une réalité »
Dans les rues de Beni, plusieurs habitants reconnaissent la nécessité de renforcer la vigilance : « Ebola est une réalité. Il faut respecter les mesures barrières. Beni a déjà été frappée par plusieurs épisodes de cette épidémie, notamment entre 2018 et 2020 », témoigne un habitant interrogé dans le cadre de cette chronique.
La manipulation d’un corps décédé des suites d’Ebola constitue en effet un moment particulièrement sensible dans la chaîne de transmission. C’est pour réduire ce risque que le ministère de la Santé, avec ses partenaires, dont l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a mis en place des équipes spécialisées dans les enterrements dignes et sécurisés (EDS)

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Préserver la dignité sans exposer les familles
Pour certains habitants, les EDS représentent désormais un moyen concret de protéger les familles : « Pour moi, l’enterrement digne et sécurisé, c’est lorsqu’on enterre quelqu’un en toute sécurité. Nous traversons une période d’épidémie à virus Ebola. Il n’est donc pas bon de continuer à toucher le corps d’une personne décédée. Les équipes mandatées pour les enterrements nous épargnent le risque d’être contaminés si notre frère ou notre proche est mort d’Ebola », explique un habitant de Beni.
Un autre appelle ses concitoyens à collaborer avec les équipes sanitaires : « Je demande à mes congénères de laisser les équipes d’enterrement digne et sécurisé faire leur travail. Elles viennent nous protéger contre Ebola et ont pour mission d’enterrer nos proches dans de bonnes conditions. »
Pour un professionnel de santé, cette démarche ne vise pas à priver les familles de leurs rites, mais à éviter qu’un décès ne devienne le point de départ d’une nouvelle chaîne de contamination : « Les familles ne doivent pas avoir peur. Elles doivent comprendre que cette pratique, mise en place par les autorités sanitaires et l’OMS, vise à protéger les proches et toute la communauté. Il faut éviter de manipuler le corps d’une personne morte d’Ebola ou d’une autre maladie transmissible par contact. »
Une procédure strictement encadrée
Les équipes d’EDS sont formées et équipées pour intervenir dans des conditions qui réduisent considérablement les risques de contamination. Jean-Paul KAPITULA, point focal des enterrements dignes et sécurisés dans la zone de santé de Beni, explique que l’intervention nécessite notamment des équipements de protection individuelle : « Pour manipuler un corps, le prestataire doit disposer d’un certain nombre de matériels, notamment des désinfectants et des équipements de protection individuelle : combinaison, blouse, gants de ménage, gants en latex, bottes et autres tenues de protection. Le chlore et l’eau sont également utilisés pour la désinfection. » Ces équipements permettent de protéger les prestataires eux-mêmes, mais également les membres de la famille et la communauté.
Le corps est conditionné dans un sac mortuaire
Après le prélèvement du corps, celui-ci est placé dans un sac mortuaire ou une housse spécialement conçue à cet effet. Selon Jean-Paul KAPITULA, ce dispositif permet notamment de limiter tout contact avec les liquides corporels : « Le sac mortuaire joue un rôle similaire à celui du cercueil. Il permet de transporter le corps avec facilité et de contenir les liquides qui pourraient sortir du corps sans vie. Contrairement à un cercueil qui peut présenter des jointures, le sac mortuaire est hermétiquement fermé. » Cette procédure vise ainsi à réduire au maximum les risques lors du transport et de l’inhumation

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Après un décès, la vigilance reste nécessaire
Les professionnels de santé rappellent également l’importance du suivi des personnes ayant été en contact avec un malade ou une personne décédée suspectée d’avoir contracté Ebola. En cas de décès à domicile, la population est invitée à ne pas cacher l’information et à se rapprocher rapidement des services de santé : « Lorsqu’une personne de notre quartier a été déclarée malade d’Ebola, toute la communauté doit faire attention. Les personnes qui ont été en contact avec elle doivent se rapprocher des professionnels de santé pour être suivies. Il ne faut pas avoir peur. On peut simplement surveiller la température et l’évolution de l’état de santé. »
Le point focal déplore cependant certaines réactions qui peuvent aggraver la situation : la fuite des contacts, la dissimulation des cas ou encore le recours tardif aux structures de soins : « Nous constatons parfois qu’après un décès, les personnes qui étaient proches du malade prennent la fuite. Ensuite, on retrouve une deuxième, puis une troisième personne malade dans la même zone. Ce n’est pas une bonne attitude. »
Éviter le « si j’avais su »
Pour les équipes sanitaires, le message est clair : la collaboration de la population est essentielle pour interrompre la chaîne de transmission. Les personnes ayant été en contact avec un malade doivent être orientées rapidement vers une structure de soins appropriée. À Beni, les professionnels de santé recommandent notamment de se rendre dans les structures habilitées à prendre en charge les cas suspects ou confirmés. Le retard dans la prise en charge, l’automédication ou le recours à des traitements inappropriés peuvent aggraver l’état du malade et réduire ses chances de guérison : « Je demande à la population de Beni d’éviter le “si je savais”. Aujourd’hui, prenons nos responsabilités. Lorsqu’une personne a été en contact avec un malade d’Ebola, ramenons-la rapidement vers une structure de soins. Il ne faut pas attendre que la maladie se complique. »
Le message final des professionnels est un appel à la responsabilité collective : écouter les conseils sanitaires, signaler rapidement les cas suspects, accepter le suivi des contacts et collaborer avec les équipes d’enterrements dignes et sécurisés.
La dignité des morts, la protection des vivants
Dans les communautés touchées ou exposées à Ebola, l’enterrement digne et sécurisé ne doit donc pas être perçu comme une atteinte aux traditions, mais comme une mesure de protection collective.
Respecter le défunt, c’est aussi protéger ceux qui restent : « Si nous respectons tous les mesures de protection, demain nous pourrons déclarer la fin d’Ebola et reprendre une vie normale. Mais si nous refusons les conseils des professionnels de santé, nous risquons d’assister à davantage de décès. » La prévention reste ainsi une responsabilité partagée. Face à Ebola, chaque geste compte : protéger les vivants sans oublier la dignité des morts.
Cette chronique santé a été produite par l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), section du Nord-Kivu, avec l’appui de la Direction du développement et de la coopération suisse (DDC). Elle porte sur les procédures et protocoles des enterrements dignes et sécurisés dans le cadre de la lutte contre la maladie à virus Ebola.