A Goma, la matinée du jeudi 12 février 2026 au ciel bleu, barré de nuages épais vers le nord-est de la ville, un grondement inhabituel rompt la quiétude. Les regards se lèvent presque simultanément. Quelques secondes plus tard, un hélicoptère blanc frappé de l’insigne des Nations unies apparaît dans le ciel de Goma. Lentement, l’appareil amorce sa descente avant de poser ses trains sur le tarmac déserté depuis des mois.
Le spectacle attire aussitôt les riverains. Téléphones levés, caméras activées, certains diffusent la scène en direct sur les réseaux sociaux : « Je suis en direct de l’aéroport… un hélicoptère vient d’atterrir ! On ne sait pas qui est à bord… Peut-être la réouverture de l’aéroport ? » un contenu partagé entre excitation et incrédulité.
Lorsque la porte de l’appareil s’ouvre, le mystère se dissipe : il s’agit du représentant du Secrétaire général des Nations unies en mission dans la région, accompagné de sa délégation. Une arrivée protocolaire, mais dont la portée symbolique dépasse le simple déplacement officiel.
Depuis plus d’un an, aucune activité aérienne régulière ne s’était déroulée ici, conséquence directe de la prise de Goma par le mouvement rebelle Alliance Fleuve Congo/M23. Durant cette période, l’infrastructure aéroportuaire a sombré dans un abandon visible.
La nature a repris ses droits. De hautes herbes envahissent les abords des bâtiments. Des portes défoncées témoignent de passages brutaux. La tour de contrôle, endommagée, se dresse comme un vestige d’un temps suspendu. Seuls quelques éléments civils et militaires rappellent qu’il s’agit bien d’un aéroport. Le reste évoque un lieu figé, presque irréel.
Le silence y est frappant un silence que seuls les oiseaux troublent désormais. Pour les Gomatraciens, ce retour ponctuel d’un appareil dans le ciel agit comme un rappel : malgré les blessures visibles, l’infrastructure existe toujours, porteuse d’un possible repris.
Plus qu’un simple atterrissage, cette scène ravive des interrogations et nourrit l’espoir discret d’un retour progressif à la normale. À Goma, chacun sait que le ciel n’est jamais anodin : lorsqu’il s’anime, c’est toute une ville qui retient son souffle.

Une visite qui se veut rassurante
La cheffe de la mission onusienne, Viviane van de Perre, accompagnée de sa délégation, a été accueillie par le chef de bureau local de la mission. Après les salutations protocolaires, elle s’est adressée aux journalistes présents, venus s’enquérir du motif de cette visite qui n’a pas laissé la population indifférente. Dans sa déclaration, elle a tenu à préciser le cadre de son déplacement : « Je suis arrivée à Goma dans le cadre de notre mandat et dans nos efforts visant à appuyer l’opérationnalisation des mécanismes de suivi et la vérification du cessez-le-feu. »
Ces propos visent à clarifier l’objectif de la mission dans un contexte où chaque mouvement des acteurs internationaux est scruté avec attention. Pour de nombreux habitants, l’aéroport de Goma est perçu comme largement non opérationnel pour le trafic ordinaire. L’atterrissage de cet hélicoptère a donc naturellement suscité interrogations et curiosité.
Au-delà de l’effet de surprise, cette visite met en lumière la poursuite des efforts diplomatiques et opérationnels liés à la stabilisation de la région. Elle rappelle aussi combien la population reste attentive aux initiatives susceptibles d’influencer la situation sécuritaire et le quotidien local.
Si l’événement n’a duré que quelques instants sur le tarmac, son écho, lui, continue d’alimenter discussions et attentes parmi les Gomatraciens.
Un geste perçut comme symbole de réouverture
Dans le contexte actuel, où l’aéroport est perçu par le public comme largement non opérationnel, peu s’attendaient à voir un appareil onusien se poser sur le tarmac. Très vite, l’événement a été interprété par certains comme un signe encourageant voire un symbole de réouverture progressive.

Face aux journalistes, la cheffe adjointe de la mission, Viviane van de Perre, a adopté un ton résolument optimiste et rassurant. Elle a rappelé un moment marquant : « Il y a plus d’un an, le 26 janvier 2025, j’étais à bord du dernier avion qui avait atterri à Goma. Aujourd’hui, je suis dans le premier hélicoptère à y atterrir à nouveau. J’espère que c’est le début de la réouverture progressive de l’aéroport international de Goma au bénéfice de la population. »
Au-delà de la portée symbolique, cette visite s’inscrit dans le mandat confié à la mission onusienne par le Conseil de sécurité des Nations unies. Elle a souligné que la mission agit pour soutenir un cessez-le-feu durable, notamment à travers sa participation et son appui au mécanisme conjoint élargi de vérification plus, un dispositif destiné à renforcer la confiance entre les parties.
Dans cette dynamique, elle a également annoncé le déploiement prochain d’une première mission de reconnaissance aérienne vers Uvira, étape supplémentaire dans les efforts de suivi et de stabilisation régionale.
Si cet atterrissage n’a duré que quelques minutes, sa portée symbolique dépasse le simple mouvement aérien. Pour de nombreux Gomatraciens, il incarne l’espoir d’une reprise progressive des activités et d’un retour à une normalité longtemps attendue.
Des échanges pour avancer
En marge de sa visite à Goma, la cheffe adjointe de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo, Viviane van de Perre, prévoit une série de rencontres avec des interlocuteurs directement concernés par la crise. L’objectif affiché est de faire progresser les préparatifs concrets liés au mécanisme de vérification : coordination entre les acteurs, canaux de communication et conditions pratiques de mise en œuvre autant d’éléments jugés essentiels pour garantir la crédibilité du dispositif.
Face à la presse, la responsable onusienne s’est voulue rassurante. Elle a souligné que la mission continuera d’appuyer le processus de cessez-le-feu, lequel doit se déployer de manière progressive, en fonction des arrangements convenus entre les parties.
Selon elle, l’architecture arrêtée repose notamment sur des garanties sécuritaires pour le personnel et les moyens des Nations unies une condition clé pour permettre à la mission d’opérer efficacement sur le terrain.
Elle a insisté sur le fait que l’action de la mission restera strictement encadrée par le mandat défini par le Conseil de sécurité des Nations unies, dans le respect de la souveraineté de la République démocratique du Congo.
Mme van de Perre a rappelé que ces échanges visent avant tout à instaurer un climat de confiance et à poser les bases opérationnelles nécessaires pour que le mécanisme fonctionne de manière transparente et crédible, une étape déterminante dans la recherche d’une stabilisation durable.
Alain WANDIMOYI