Longtemps marqué par une méfiance électrique, le quartier Ngongolio, dans la commune de Mulekera, amorce un tournant historique. Samedi dernier, civils et forces de l’ordre se sont mis à table pour sceller un pacte de collaboration, visant à restaurer une sécurité durable dans cette partie de la ville.
Par Trésor Kapepela Ben
Il y a encore peu, voir une patrouille de police sillonner les rues de Ngongolio relevait du défi. Entre les habitants et les services de sécurité, le fossé de la méfiance semblait infranchissable. Mais les lignes bougent. Sous l’égide de la société civile locale, un échange « sans tabou » a réuni jeunes, leaders communautaires et commandants de la police des commissariats de Mulekera et Ngongolio.
L’objectif : briser la glace pour reconstruire un mariage civilo-militaire et policier, autrefois en lambeaux.
L’engagement des jeunes : dénoncer plutôt que s’affronter
La jeunesse, souvent en première ligne des tensions, a pris des engagements fermes. « Nous nous engageons à collaborer avec les services de sécurité en tant que groupe de vigilance. Notre rôle sera désormais de dénoncer », affirme un participant. Un autre abonde : « Nous allons éviter les intox et respecter nos autorités. »
Ce changement d’attitude marque la fin d’une ère de suspicion au profit d’une intelligence citoyenne, indispensable pour barrer la route aux ennemis de la paix qui profitent souvent des zones de rupture entre la population et sa police.
Des effectifs à renforcer : un seul policier pour tout un quartier
Malgré la volonté de collaborer, un obstacle logistique majeur a été soulevé par la population : le manque criant de forces de l’ordre sur le terrain. Actuellement, le quartier Ngongolio ne disposerait que d’un seul agent pour assurer la sécurité de tous.
Une doléance entendue par le commandant de la police de Mulekera, Faida Emmanuel : « La requête est légitime. Une seule personne ne peut sécuriser un quartier aussi vaste. Avec la société civile, nous allons plaider pour renforcer ces effectifs et améliorer la protection des citoyens », a-t-il promis lors de la rencontre.
La police de proximité : une réforme en marche
Pour la société civile de Mulekera, organisatrice de l’événement, ce dialogue est la preuve que la réforme de la police entre dans une phase concrète. Joseph Sabuni, président des forces vives locales, explique la démarche : « Nous sensibilisons aux côtés de la police pour faire comprendre sa mission. Il s’agit de récolter les problèmes de la population et de proposer des solutions pour une paix durable. »
En transformant la méfiance en dialogue, Ngongolio espère devenir un modèle de coproduction de la sécurité à Beni, prouvant que la paix ne se décrète pas, mais se construit au coin de chaque rue, entre le policier et le citoyen.