Douze ans après les premières attaques attribuées aux ADF à Ngadi, le 15 octobre 2014, la population de Beni, au Nord-Kivu, continue de vivre avec les blessures du conflit. Entre deuil, résilience et quête de justice, les habitants tentent de reconstruire leur quotidien, tout en appelant les autorités et la communauté internationale à ne pas oublier les victimes des massacres dans l’est de la République démocratique du Congo.

Par Isaac Bin-Ngeve

À Beni, le 15 octobre reste une date profondément ancrée dans la mémoire collective. Douze ans après les premières attaques meurtrières attribuées aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) à Ngadi, les blessures demeurent vives dans les familles touchées par les violences.

Le jeudi 15 octobre dernier, des bougies ont été allumées sur le site de l’UOS-Beni. Au-delà du recueillement en mémoire des victimes, cette cérémonie a constitué un moment de solidarité et d’affirmation de la résilience d’une population confrontée depuis des années à l’insécurité.

Parmi les personnes présentes figurait Charline Wakine, qui a perdu son unique frère dans une embuscade sur l’axe routier Beni-Kasindi. Malgré le temps écoulé, elle confie que cette disparition continue de peser sur sa vie. Elle reconnaît que le processus de guérison reste difficile et qu’elle doit encore fournir des efforts pour apprendre à vivre avec cette douleur.

La résilience face aux blessures du passé

À Beni, la résilience ne se limite pas à la capacité de survivre aux violences. Elle se traduit également par la volonté de poursuivre ses activités, de préserver les liens communautaires et d’empêcher que les générations futures connaissent les mêmes souffrances.

Pour Jason Kathya, jeune engagé dans la communauté, cette résilience doit s’accompagner d’une prise de responsabilités collective. Il estime que la crise sécuritaire dans l’est de la RDC exige une mobilisation à la hauteur de sa gravité.

Son appel s’adresse aussi bien aux autorités qu’aux citoyens, invités à s’impliquer davantage dans la recherche de solutions durables à l’insécurité.

Un appel à la solidarité internationale

Au-delà des frontières nationales, les habitants de Beni souhaitent également maintenir l’attention de la communauté internationale sur la situation sécuritaire dans l’est du pays. Guylaine Kahumula appelle les partenaires internationaux à ne pas détourner leur regard des violences qui continuent d’affecter les populations congolaises.

Pour elle, les crises qui frappent d’autres pays ne doivent pas faire oublier les souffrances des communautés de l’est de la République démocratique du Congo.

La justice, une attente toujours présente

Douze ans après les premières attaques commémorées, les habitants de Beni poursuivent leur vie malgré les deuils, les traumatismes et les incertitudes liées à l’insécurité. Leur résilience se manifeste dans les efforts quotidiens pour travailler, élever les enfants et maintenir les activités économiques et sociales, malgré les difficultés.

Mais derrière cette volonté de continuer à vivre demeure une exigence : celle de la justice pour les victimes des massacres. Pour de nombreuses familles, la reconnaissance des souffrances endurées et la lutte contre l’impunité constituent des conditions essentielles pour envisager l’avenir avec davantage d’espoir.

À Beni, le souvenir des victimes reste donc indissociable du combat pour la paix. Une paix qui ne saurait se limiter à l’absence de violences, mais qui suppose également la sécurité des populations, la justice et des perspectives d’avenir pour les générations à venir.

Cet article a été réalisé dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des journalistes et médias du Nord-Kivu sur le journalisme de paix pour la cohésion sociale », mis en œuvre par l’UNPC Nord-Kivu avec l’appui de la Direction du développement et de la coopération (DDC) Suisse. Ce projet vise à faire des médias de véritables acteurs de la paix et de la cohésion sociale.