Asphyxiée par un afflux massif de populations fuyant l’insécurité des zones environnantes, la ville de Beni fait face à une explosion du trafic routier. Au cœur de ce chaos urbain, les agents de la Police de Circulation Routière (PCR) communément appelés « roulages » sont devenus de véritables remparts contre l’anarchie. Entre régulation des embouteillages, protection des plus vulnérables et pacification des tensions, immersion dans le quotidien de ceux qui dictent le tempo du vivre-ensemble sur la chaussée.
Reportage de Mady Nzenza Ilongo
Un bouclier pour les piétons et les nouveaux arrivants
À Beni, traverser la rue est devenu un exercice à haut risque. Entre l’effervescence des motards et la cohue des heures de pointe, la présence de la PCR s’avère salvatrice. Au-delà de leur rôle traditionnel de surveillance, ces agents se muent quotidiennement en assistants sociaux de la chaussée : ils guident les déplacés fraîchement arrivés, soutiennent les personnes âgées, accompagnent les personnes vivant avec un handicap et sécurisent les enfants sur le chemin de l’école.
Dans les grandes artères, les usagers de la route ne tarissent pas d’éloges sur cette présence rassurante, qui permet d’éviter que les petits accrochages ne dégénèrent en bagarres générales : « Les roulages réduisent considérablement les mésententes, surtout pendant les embouteillages », témoigne un habitant de la ville : « Ils nous aident à traverser en sécurité. Les motards qui roulent à vive allure ralentissent dès qu’ils les aperçoivent, par peur d’être arrêtés. Avec la surpopulation actuelle, il faut un système d’ordre, et ce système, ce sont les roulages. Ils protègent nos enfants. »
Prévenir le drame plutôt que punir
Face à ce défi démographique et logistique, le commandement de la police routière mise avant tout sur la prévention et la fluidité. Pour le colonel Adolphe, commandant de la PCR à Beni, l’objectif principal reste de sauver des vies et de désamorcer les risques avant qu’ils ne se transforment en drames : « Notre mission est de réguler la fluidité et de réglementer la circulation routière afin d’éviter les accidents », explique l’officier supérieur : « Nous veillons à la sécurité publique et à l’appréhension des infractions. C’est pour cela que nous déployons des agents qualifiés sur le terrain : pour prévenir les risques en amont. »
Un appel civique pour une cohabitation harmonieuse
Cependant, le travail de la police ne peut suffire sans un changement de comportement des usagers. Face à l’étroitesse des voies et à la densité du trafic, le colonel Adolphe interpelle la responsabilité collective des conducteurs de mototaxis, de véhicules et des piétons. Il les invite instamment à apprendre, respecter et appliquer rigoureusement le code de la route.
Dans une ville de Beni en pleine mutation et sous pression constante, le travail quotidien de régulation, de sensibilisation et d’assistance de la PCR s’impose désormais comme un maillon indispensable. Un effort de chaque instant pour que la route reste un espace de partage et non un terrain de conflit.