Par Alain WANDIMOYI

JOMBA un carrefour stratégique aux frontières de la sous-région l’administrateur d’une entité forte de sept localités, Vincent Mwambasa Tembeya rappelle d’emblée la position hautement stratégique et transfrontalière de sa juridiction. Le groupement de Jomba partage en effet ses limites avec l’Ouganda au nord-est, le Rwanda et le Parc National des Virunga au sud, ainsi que les groupements de Bweza et Kisigari à l’ouest. Avec une démographie évaluée à 38 280 habitants, Jomba subit de plein fouet les complexités géographiques liées à son voisinage immédiat avec les aires protégées et les pays frontaliers.
Jomba face au défi social et environnemental
Eaux de ruissellement, alcoolisme et conflits agropastoraux : le triptyque des défis locaux. Depuis son entrée en fonction, le chef de groupement de JOMBA fait face à des urgences infrastructurelles et sociales majeures. La première est d’ordre environnemental : les eaux de ruissellement en provenance du parc des Virunga submergent régulièrement la région. Ces crues détruisent les routes, emportent le bétail et déciment parfois des vies humaines. Face à l’inefficacité des travaux manuels communautaires, Vincent Mwambasa plaide pour le lancement de grands projets de drainage et la construction de caniveaux de grande envergure pour canaliser ces flux vers la rivière Rutshuru. Sur le plan social, l’autorité s’inquiète de la consommation abusive d’alcools forts, importés d’Ouganda ou produits localement, qui fragilise gravement la jeunesse locale. Malgré les interdictions officielles, le phénomène persiste, poussant l’administration à intensifier les campagnes de sensibilisation.
À cela s’ajoute une divagation permanente du bétail, faute de fermes et de pâturages délimités. Ce manque de structures engendre des conflits récurrents entre éleveurs et agriculteurs lorsque les bêtes détruisent les cultures. L’autorité locale joue aujourd’hui les médiateurs pour obtenir des réparations financières, tout en demandant à l’État d’encadrer les éleveurs afin qu’ils sédentarisent leurs bêtes.

FOCUS : Le « modèle de Jomba », un rempart de la cohabitation pacifique
Alors que le contexte régional est parfois exacerbé par des discours de haine et de fausses informations véhiculés sur les réseaux sociaux, Jomba s’illustre par une stabilité communautaire exemplaire. Les communautés Hutu, Tutsi, Nande et Hunde y cohabitent dans une parfaite harmonie : « C’est notre richesse », martèle le chef de groupement, précisant que les mariages interethniques s’y concluent sans aucune discrimination et que la solidarité prévaut dans les moments de joie comme de détresse. L’autorité invite d’ailleurs les observateurs extérieurs à venir s’inspirer de ce modèle de vivre-ensemble solidement ancré dans les mœurs locales depuis des lustres.
Riposte sanitaire : Jomba fait bloc contre le virus Ebola
Sur le front sanitaire, Jomba fait face depuis plus de trois mois à la menace de la maladie à virus Ebola. Une riposte rigoureuse a été mise en place en collaboration avec la zone de santé locale. Des points de lavage des mains et de distribution de gel hydroalcoolique ont été installés à travers le groupement, et l’interdiction de se serrer les mains est scrupuleusement respectée par la population : « Moi-même, je me déplace dans les localités pour renforcer cette sensibilisation au quotidien, soutenu par des équipes de riposte qui mobilisent les habitants dès le matin. »
Faisons un zoom sur Le camp de transit de Bunagana, verrou sanitaire de l’entité. Pièce maîtresse du dispositif de riposte contre Ebola, le camp de transit de Bunagana joue un rôle de filtre sanitaire crucial. Ce point de contrôle accueille obligatoirement tous les voyageurs en provenance de la province de l’Ituri et du Grand Nord, des régions considérées comme les épicentres de l’épidémie : « Grâce à une adhésion totale de la population locale à cette démarche, chaque arrivant est soumis aux protocoles de contrôle et de désinfection (gels alcoolisés, prise de température), permettant ainsi de stopper net la chaîne de transmission avant l’entrée des voyageurs dans l’entité. »
Un appel au tourisme et au désenclavement
En dépit de ce tableau contrasté, Vincent Mwambasa Tembeya reste résolument optimiste quant à l’avenir économique de son entité. Saluant la réhabilitation récente des infrastructures routières de la région et l’électrification imminente attendue grâce au barrage de Matebe 2, il lance un appel vibrant aux visiteurs nationaux et internationaux.

Fière de sa vocation touristique liée à la présence des gorilles de montagne dans le parc des Virunga, l’autorité invite les Congolais, les Africains et les Occidentaux à venir découvrir l’hospitalité de Jomba et ses boissons locales, le Musururu et le Mandrakwa. Enfin, pour sécuriser durablement l’activité agricole et les populations riveraines, le chef de groupement demande la reprise des travaux d’installation de la clôture électrique du parc, suspendus en raison des conflits armés.