Le forum national consacré au suivi du cessez-le-feu s’est tenu à la salle KILIMA du bureau de la MONUSCO à Goma, avec des participantes connectées depuis plusieurs villes du pays. Les échanges ont porté sur les accords de Doha et de Washington, le fonctionnement du mécanisme de suivi de cessez-le feu et les possibilités d’implication des femmes dans ces processus de paix.
Dans l’Est de la RDC, marqué par les déplacements de populations, l’insécurité et les tensions communautaires, les femmes et les jeunes filles figurent parmi les premières victimes du conflit. Mais elles refusent d’être réduites à ce statut. Elles revendiquent leur rôle de médiatrices, d’alerteuses et de relais communautaires. Présentes dans les quartiers, les villages, les marchés, les écoles et les foyers, elles estiment être bien placées pour détecter les tensions et transmettre les informations du terrain.
La MONUSCO attend des propositions concrètes
À l’ouverture des travaux, Le chef de bureau de la MONUSCO à Goma Monsieur Gani Are dans son mot à souhaiter la bienvenue au participants suivie de la représentante spéciale adjointe du secrétaire général des Nations Unies en RDC et cheffe ai de la MONUSCO, Madame Vivian de Perre, a encouragé les participantes à formuler des recommandations concrètes. Elle a annoncé de faire parvenir ce document à différent niveau pour de plaidoyer destiné à la direction de la mission et aux partenaires concernés.
Un responsable du mécanisme de suivi du cessez-le-feu Monsieur Kassimi BAMBA a rappelé que la MONUSCO apporte un appui logistique et technique au dispositif mis en place dans le cadre du processus de Doha. Il a précisé que la mission n’est pas chargée de constater directement les violations du cessez-le-feu, mais soutient les mécanismes établis par les parties, notamment le mécanisme conjoint de vérification élargi.
Les femmes, relais d’alerte sur le terrain
Pour Kassimi Bamba, membre du mécanisme de suivi du cessez-le-feu, l’implication des organisations féminines doit renforcer le travail des experts militaires. Les femmes peuvent contribuer à l’observation, à l’alerte et à la transmission d’informations sur les tensions communautaires.
Cette participation permettrait de rapprocher les réalités locales des décideurs. Les participantes plaident ainsi pour la reconnaissance de leur rôle stratégique, conformément à l’agenda « Femmes, paix et sécurité » et à la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies.
« Le cessez-le-feu se vit au quotidien »
Pour Isabelle PENDEZA, présidente du Collectif des associations féminines pour le développement (CAFED), la participation des femmes ne doit pas être symbolique : « Le cessez-le-feu doit se vivre chaque minute : au marché, au champ, à la maison, sur la route, dans les écoles », a-t-elle déclaré, soulignant également le manque d’information des communautés sur le fonctionnement du mécanisme de suivi.
Les organisations féminines estiment que la sensibilisation des populations est indispensable pour prévenir les tensions et améliorer l’utilisation des mécanismes d’alerte.
Des initiatives locales à enforcer
À Goma, des femmes ont créé un réseau d’ambassadrices de paix présent dans les 18 quartiers de la ville. D’autres interviennent comme médiatrices dans les conflits communautaires, notamment les litiges fonciers.
Forte de ces expériences, la société civile féminine recommande l’institutionnalisation de ces réseaux, la protection des femmes engagées, la création de mécanismes d’alerte précoce reliés aux autorités et un financement accru des initiatives locales : « Il n’y a pas de participation sans moyens financiers », a rappelé Isabelle PENDEZA.
Transformer les recommandations en actions
Les participantes connectées depuis Goma, Bukavu, Beni, Bunia et Kinshasa ont appelé à la mise en œuvre effective des recommandations issues du forum. Mignone ZAINA CHAUPANGA, de la Fondation Bi-ESTER, a salué cette occasion de faire entendre la voix des femmes auprès des acteurs onusiens et des partenaires du processus de paix à New-York.
Un document de plaidoyer doit désormais formaliser leurs propositions et les porter auprès des décideurs. Pour les participantes, une paix durable en RDC ne pourra se construire sans l’implication active des femmes. Elles veulent désormais être reconnues non seulement comme bénéficiaires du processus de paix, mais comme des actrices à part entière de sa définition, de son suivi et de sa consolidation.
Alain WANDIMOYI