L’annonce d’un dialogue national pour décrisper la crise politique et sécuritaire en République Démocratique du Congo suscite une immense attente au Nord-Kivu. Dans cette province asphyxiée par des rebelles et meurtrie par les terroristes des ADF/Nalu, la population exige que ce forum serve d’électrochoc historique. Entre aspirations à la transparence et soif de vérité, les leaders communautaires pressent les acteurs politiques de faire taire les armes de manière définitive.

Par Andrico Kabiona

L’Est de la RDC fait face à une tragédie sécuritaire dictée par plusieurs forces aux dynamiques distinctes. D’un côté, de l’AFC/ M23, une rébellion née en 2012 des cendres des guerres régionales des années 1990. Après sa défaite en 2013, le groupe a ressurgi fin 2021 pour conquérir de vastes pans des territoires de Rutshuru, Masisi et Nyiragongo. De l’autre côté, les Forces démocratiques alliées (ADF), un mouvement d’origine ougandaise installé dans la région de Beni depuis plusieurs décennies. Devenu la branche d’Afrique centrale de l’État islamique, ce groupe terroriste endeuille la région par des massacres asymétriques et des attentats à la bombe.

Exigence d’une paix globale

C’est dans ce contexte de double programmation mortifère que les voix locales s’élèvent pour exiger des résultats concrets. À Beni, épicentre des exactions des ADF, la jeunesse ne veut plus de promesses stériles. Pour Enock Syayikomya, jeune leader de la région, l’issue de ce dialogue doit impérativement coïncider avec l’arrêt des combats : « Ce que j’attends concrètement de ce dialogue est que ce soit un espace où les Congolais vont se dire des vérités, redéfinir la gouvernance du pays et sceller des compromis mutuellement avantageux », plaide-t-il. Avant d’insister sur la nécessité d’une approche globale : « Il faut non seulement la fin de la guerre du M23, mais également l’éradication des ADF. »

Le piège des agendas cachés

Si l’initiative de paix est saluée, la méfiance reste de mise face aux élites politiques. Jospin Elonga, observateur de la dynamique locale, applaudit la volonté affichée par les différentes parties de s’asseoir à la table des négociations, tout en posant des garde-fous stricts : « Nous saluons la volonté de participer à ce dialogue, mais nous exigeons une transparence totale. Toutes les parties doivent faire preuve de probité et abandonner les agendas cachés qui ont souvent plombé les processus précédents », prévient-il.

Le dialogue comme outil thérapeutique

Pour l’acteur communautaire Kakule Vagheni, l’option politique reste la seule issue viable pour une nation fragmentée par des décennies de conflits armés. Selon lui, le forum national revêt un caractère indispensable et hautement opportun : « Le dialogue favorise la résolution pacifique des conflits et renforce la réconciliation entre les parties prenantes », rappelle l’acteur social : « Il réduit les tensions, minimise les risques de violences et encourage la coopération essentielle entre dirigeants et dirigés en facilitant la participation citoyenne. »

Cette quête de cohésion nationale bénéficie d’un parrainage de poids. Les leaders des différentes confessions religieuses du pays se sont positionnés en première ligne derrière cette initiative. Leur objectif est d’amener le peuple congolais à parler un même langage, en plaçant la paix et l’unité nationale au-dessus des clivages politiques.