Faux profils, lynchages médiatiques et rumeurs nécrophogiques ne resteront plus impunis en République Démocratique du Congo. Grâce au Code du numérique, la législation congolaise encadre désormais sévèrement les dérives sur Internet, transformant l’espace virtuel en un terrain de haute responsabilité juridique. Entre peines de prison fermes et lourdes amendes, cette nouvelle donne pousse les internautes à la prudence et s’impose comme un rempart indispensable pour préserver la paix sociale.

Par Mady-Nzenza Ilongo

Derrière les écrans de smartphones à Kinshasa, Goma ou Beni, l’illusion d’une impunité totale sur Internet s’effondre. L’époque où les réseaux sociaux faisaient office de zone de non-droit en RDC est révolue. Le législateur congolais a sorti l’arsenal juridique pour assainir le web, et les professionnels du droit multiplient les séances de sensibilisation pour éviter aux citoyens de passer de leur clavier à la cellule de prison.

Maître Émile Lwanzo Katikili, défenseur judiciaire près le Tribunal de grande instance de Beni, est catégorique : les dérapages numériques ont désormais un coût judiciaire très lourd : « Usurper l’identité d’autrui dans le but de porter atteinte à son honneur ou à ses intérêts, ainsi que diffuser des contenus tribalistes, racistes et xénophobes, sont des actes sévèrement réprimés », prévient-il. L’homme de loi brandit un exemple frappant : « L’article 357 de cette même loi traite de la pornographie infantile. La peine encourue va de 5 à 15 ans de servitude pénale principale, assortie d’une amende d’un million de francs congolais. C’est lourdement punissable. »

 

La peur du gendarme numérique crée la sagesse

Sur le terrain, la rigueur de la loi commence à faire bouger les lignes et bouscule les habitudes des internautes. Le temps du partage compulsif et non vérifié semble s’estomper chez ceux qui ont pris conscience des risques : « Vu l’arrivée de la loi sur le numérique, je ne publie plus n’importe quoi, car je sais pertinemment que c’est devenu dangereux », avoue un internaute congolais, sous couvert d’anonymat : « Je m’interdis d’envoyer une photo ou de relayer une rumeur sans vérifier rigoureusement l’information au préalable. Grâce à cette loi, les gens vont pouvoir vivre en paix, car on ne peut plus utiliser l’image ou le nom de quelqu’un sans son consentement exprès. »

Panser les plaies de la désinformation

Pour les nombreuses victimes de la cybercriminalité et des fausses nouvelles, ce texte de loi apparaît comme une délivrance tant attendue. La propagation de rumeurs malveillantes a brisé des vies et des réputations à travers le pays.

Le calvaire vécu par une habitante locale illustre la cruauté de ces dérives : « La loi sur le numérique est d’une importance capitale pour nous », témoigne-t-elle avec émotion. « J’ai été personnellement victime de la désinformation : on m’a déclarée morte sur les réseaux sociaux alors que je suis bel et bien vivante ! Grâce à cette loi, les gens vont enfin devenir responsables de leurs actes, et cela va nous permettre de vivre en paix. »

Au-delà de la simple réponse pénale, de nombreux analystes estiment que ce texte juridique est un outil thérapeutique pour la cohésion nationale. En responsabilisant chaque citoyen derrière son écran et en limitant les discours de haine susceptibles d’embraser les communautés, le Code du numérique pose les bases d’un espace virtuel respectueux. Mieux connaître et respecter cette loi, c’est non seulement s’éviter un casier judiciaire, mais c’est surtout participer activement à la construction d’une société pacifiée.

 

ENCADRÉ PRATIQUE : Victime de cybercriminalité ? Comment porter plainte en RDC

Si vous êtes victime d’une usurpation d’identité, d’un chantage, d’une diffamation ou de la diffusion d’images intimes sans votre accord sur les réseaux sociaux, la loi vous protège. Voici la démarche à suivre pour faire valoir vos droits :

  • Sécuriser les preuves immédiatement : Ne supprimez rien. Faites des captures d’écran claires du profil de l’auteur, des messages, des commentaires et des liens des publications incriminées.
  • Faire constater les faits : Pour donner une valeur juridique incontestable à vos captures d’écran, faites-les certifier par un huissier de justice ou un OPJ (Officier de Police Judiciaire) avant que l’auteur ne supprime ses publications.
  • Saisir la justice : Rendez-vous au sous-commissariat de police le plus proche, auprès d’une unité spécialisée dans la cybercriminalité, ou directement au parquet (Palais de justice) pour déposer une plainte écrite ou acter une plainte verbale.
  • Signaler sur les plateformes : En parallèle de la procédure judiciaire, utilisez les outils de signalement de Facebook, WhatsApp, TikTok ou X (Twitter) pour demander le blocage du compte malveillant ou le retrait du contenu.