Vingt-six ans après l’adoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité, les organisations de la société civile de Butembo, au Nord-Kivu, poursuivent leurs efforts pour renforcer le rôle des femmes dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix. Malgré les avancées enregistrées dans la sensibilisation communautaire, leur accès aux instances décisionnelles reste limité par le manque de moyens financiers et leur marginalisation dans certaines structures de sécurité.
Par Providence Birugho
À Butembo, les organisations de la société civile multiplient les initiatives pour faire connaître la résolution 1325 et encourager la participation des femmes aux processus de paix. Débats publics, émissions radiophoniques et campagnes de sensibilisation constituent les principaux moyens utilisés pour promouvoir ce texte auprès de la population.
Le Groupe d’associations de défense des droits de l’homme et de la paix (GADHOP), à travers ses structures membres, s’investit notamment dans cette démarche. L’objectif est de faire comprendre à la communauté que les femmes ne doivent pas être considérées uniquement comme des victimes des conflits, mais également comme des actrices capables de contribuer à leur prévention et à leur résolution. Cependant, plusieurs difficultés continuent de freiner cette dynamique.
Des femmes encore marginalisées dans les instances de décision
Yolande Kalungero, coordonnatrice du GADHOP, déplore notamment le manque de soutien financier aux initiatives féminines ainsi que la faible représentation des femmes lors des nominations et des réunions consacrées aux questions sécuritaires : « Nous rencontrons des obstacles, ce qui nous pousse à mener un travail de plaidoyer. Par exemple, alors que nous vulgarisons la résolution 1325, nous constatons que lors des nominations, que ce soit à Kasindi, à Oicha ou dans les quartiers de Butembo, les femmes sont systématiquement oubliées », souligne-t-elle.
Pour cette responsable, la promotion de la résolution 1325 doit s’accompagner de mesures concrètes permettant aux femmes de participer effectivement aux décisions concernant la sécurité et la paix dans leurs communautés.
Des actrices de la paix au sein des communautés
Malgré ces difficultés, les campagnes de sensibilisation contribuent progressivement à faire évoluer les perceptions. Mbambu Luvuno Dévotte, femme leader à Butembo, relève une évolution positive du regard porté sur les femmes, désormais davantage reconnues pour leur capacité à intervenir dans la médiation et la prévention des conflits : « La sensibilisation est en train de changer la perception de la population à Butembo. Les femmes ne sont plus seulement vues comme des victimes, mais comme des médiatrices et des actrices de la paix. Elles interviennent désormais dans la prévention des conflits au sein des communautés et des églises », affirme-t-elle.
Elle souligne également la contribution des mères et des jeunes filles à la surveillance sécuritaire communautaire, en collaboration avec les services compétents, notamment les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), la Police nationale congolaise (PNC) et l’Agence nationale de renseignements (ANR).
Cette implication témoigne, selon elle, de la capacité des femmes à participer activement à la protection de leurs communautés.
La masculinité positive contre les discriminations
Du côté des services publics, Mabanza Dibi Odile, responsable du service Genre, Famille et Enfant, reconnaît les progrès réalisés dans l’appropriation de la résolution 1325. Elle estime toutefois que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour garantir une participation équitable des femmes à tous les niveaux.
Elle déplore notamment les préjugés auxquels sont confrontées les femmes qui souhaitent occuper des postes de responsabilité : « Le niveau de participation reste bas et les résistances sont nombreuses. Lorsqu’une femme se porte candidate, elle est souvent perçue comme “compliquée”. C’est pourquoi nous prônons la masculinité positive, afin que les hommes soutiennent l’engagement des femmes sans discrimination », explique-t-elle.
Adoptée le 31 octobre 2000, la résolution 1325 constitue un cadre international de référence pour la participation des femmes aux processus de paix, leur protection en période de conflit, la prévention des violences et leur contribution au relèvement et à la reconstruction.
À Butembo, les organisations engagées dans sa promotion appellent ainsi à transformer les efforts de sensibilisation en actions concrètes. L’enjeu est de permettre aux femmes de prendre pleinement part aux décisions qui engagent l’avenir de leurs communautés. La paix durable ne peut se construire sans la participation effective des femmes aux mécanismes de prévention des conflits, de sécurité et de prise de décision.
Cet article a été réalisé dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des journalistes et médias du Nord-Kivu sur le journalisme de paix pour la cohésion sociale », mis en œuvre par l’UNPC Nord-Kivu avec l’appui de la Direction du développement et de la coopération (DDC) Suisse. Ce projet vise à faire des médias de véritables acteurs de la paix et de la cohésion sociale.