Au-delà de la simple quête d’autonomie financière, l’accès à l’emploi représente un puissant vecteur de dignité, de confiance en soi et d’inclusion pour les personnes vivant avec handicap à Beni, au Nord-Kivu. Refusant la fatalité de la mendicité, ces citoyens prouvent au quotidien que leurs compétences physiques ou cognitives n’altèrent en rien leur capacité à bâtir une société stable. De la cordonnerie au garnisaire, leurs activités professionnelles les mettent à l’abri des manipulations sécuritaires et renforcent la cohésion sociale au sein d’une région en quête de repères. Ce reportage de type micro-trottoir, réalisé grâce au soutien de l’UNPC Nord-Kivu et de la DDC Suisse, explore comment le travail transforme ces destins tout en consolidant la paix communautaire.

Réalisé par Mady NZENZA ILONGO

Du statut de « mendiant » à celui de citoyen respecté

Sur le terrain, les exemples de résilience abondent et forcent le respect. À Beni, le handicap visuel ou moteur ne constitue plus un frein pour ceux qui ont décidé de prendre leur destin en main. Qu’ils travaillent d’une seule main, s’activent dans la vente d’œufs ou manient le cuir, ces travailleurs partagent la même fierté : celle d’exister par le fruit de leurs efforts : « Je suis garnisseur », confie un artisan croisé dans son atelier : « Mon travail me procure une paix intérieure immense. Je vis parfaitement bien, je gagne mon argent et je suis fier de moi. Aujourd’hui, je me sens enfin compté parmi les êtres humains. Dans mon cercle d’amis, on retrouve des pâtissiers, des cordonniers, des journalistes et d’autres garnisseurs, tous vivant avec un handicap mais tous debout. »

Un peu plus loin, au centre pour handicapés de Beni, un cordonnier partage ce sentiment de réhabilitation sociale : « Depuis que j’exerce ce métier, ma communauté me respecte en dépit de mon handicap physique, tout simplement parce que je ne suis pas un quémandeur. »

Pour les femmes de la communauté, le constat est identique : « Avoir un travail soulage tout le monde, et particulièrement une personne vivant avec handicap », glisse une habitante : « Cela lui évite de dépendre des autres et d’être à la merci de profiteurs. »

À RETENIR : « Le travail procure à la personne vivant avec handicap une paix d’abord individuelle, puis collective. Elle ne sera jamais manipulée par les groupes armés pour troubler la quiétude de la population. », Souligne Mumbere Kisimbi, chargé des programmes au syndicat des personnes vivant avec handicap de Beni.

Un rempart contre la manipulation et l’insécurité

L’exercice d’un métier permet non seulement de subvenir aux besoins primaires (santé, alimentation, logement), mais il agit aussi comme un stabilisateur social. L’indépendance financière favorise des relations harmonieuses avec l’entourage, limitant les frustrations qui débouchent parfois sur des conflits de voisinage.

Mumbere Kisimbi, chargé des programmes au sein du syndicat des personnes vivant avec handicap de Beni, analyse l’impact macroéconomique et sécuritaire de cette autonomie : « Le fait qu’une personne vivant avec handicap travaille contribue directement à l’instauration de la paix. Lorsqu’elle est occupée, cette personne se sent soulagée. Elle ne sera jamais citée parmi les individus qui troublent la quiétude de la population, et elle ne sera pas manipulée par les réseaux criminels pour de modiques sommes d’argent. »

Face à cette réalité, le cadre syndical lance un plaidoyer vibrant à l’endroit de la société civile et des opérateurs économiques : « J’invite instamment la communauté à compter sur les compétences des personnes vivant avec handicap et à leur offrir des opportunités. »

Faciliter l’intégration professionnelle de ces personnes n’est pas un acte de charité, mais un investissement stratégique pour la région. En leur offrant une place de choix sur le marché de l’emploi, la ville de Beni pose les jalons d’une société plus inclusive, où la cohésion sociale et la paix se conjuguent au pluriel.

Cet article a été réalisé dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des journalistes et médias du Nord-Kivu sur le journalisme de paix pour la cohésion sociale », mis en œuvre par l’UNPC Nord-Kivu avec l’appui de la Direction du développement et de la coopération (DDC) Suisse. Ce projet vise à faire des médias de véritables acteurs de la paix et de la cohésion sociale.