
Par La Cruche Hebdo
À Goma, la guerre se ressent désormais dans les poches vides et les commerces au ralenti. « Nous sommes étouffés par la misère, face à la lourdeur de la vie. Qu’avons-nous fait pour subir cette peine ? », s’interroge une vieille dame lors d’un deuil.
Deux ans après le basculement politique de la ville, l’économie locale est à genoux. Depuis janvier 2025, la fermeture des banques commerciales a coupé la population du système financier classique : « Cela fait deux cycles scolaires que nous nous battons. En ce mois de septembre, j’ai de la peine à acheter les fournitures de mes cinq enfants, et les frais scolaires nous talonnent. Les banques et coopératives sont fermées, c’est un casse-tête », déplore en monologuant un cinquantenaire sous un soleil de plomb.
Le calvaire dans la débrouille
Le manque de liquidités paralyse tout. Pour accéder à leurs ressources, les habitants dépendent des transferts de la monnaie par téléphone, des circuits informels ou de voyages coûteux vers les pays voisins : « Si un proche transfère de l’argent par mobile, le stress s’accumule : il faut abandonner 5 % de commission au retrait », regrette une dame, le regard perdu dans ses calculs.
Pour ne rien arranger, l’épidémie d’Ebola est venue bloquer les transactions interurbaines avec Beni et Butembo qui était pourtant un ballon d’oxygène pour près de deux millions d’habitant de la ville de Goma. Privés de mouvements vers ces épicentres, commerçants et transporteurs voient leurs chiffres d’affaires s’effondrer. Payer un loyer, financer une activité ou simplement disposer de son propre argent est devenu un combat quotidien.

L’engrenage invisible de la détresse
Dans les quartiers, la fatigue est l’oisiveté est profonde. Certains hommes et femmes se refugié dans l’alcool à forte dose. Les dettes s’accumulent face à des perspectives inexistantes et topiques. Ce fardeau financier s’ajoute aux traumatismes des combats, des déplacements forcés et de la maladie accentuée par l’épidémie à Virus Ebola.
Dans ce climat de grande précarité, des cas de morts subites et de pendaisons sont signalés. S’il est prématuré d’attribuer médicalement ces décès à la seule crise sans enquêtes fiables, cette réalité constitue un signal d’alerte rouge.
Cette pression pèse particulièrement sur les pères de famille, traditionnellement considérés comme les piliers financiers du foyer. L’impossibilité de nourrir les siens ou de payer la rentrée scolaire engendre un profond sentiment d’échec : « Mon fils, la tête des hommes tourne sans repos. Notre voisin est mort à cause de la pression liée à l’incapacité d’offrir une rentrée scolaire digne à ses enfants », confie une belle-mère à son gendre.

Sauver des vies avant les banques !
La réouverture des banques et la relance économique sont attendues, mais elles ne suffiront pas. Goma a urgemment besoin de mécanismes communautaires d’écoute et de soutien psychologique. Derrière les commerces désertés et l’isolement de la ville se cachent des familles qui luttent pour ne pas s’effondrer.
Les autorités, les humanitaires et les professionnels de santé doivent agir : la détresse sociale ne doit pas devenir une tueuse silencieuse, ou un fonds de commerce pour les belligérants moins encore un châtiment infligé à tout un peuple en détresse.