Par la Cruche Hebdo/ COJODO
À Goma, on ne meurt pas seulement par balle. On meurt à petit feu, dépouillé de son propre argent, spectateur impuissant de l’évaporation de ses économies. Depuis plus de seize mois, le gouvernement congolais a coupé les ponts entre le système financier national et les zones occupées. Résultat : des milliers de comptes gelés, des agences bancaires aux rideaux de fer définitivement baissés et une économie locale en état d’arrêt cardiaque.
Le calcul du Gouvernement de Kinshasa était simple : empêcher les rebelles de mettre la main sur les liquidités. Mais dans cette stratégie de la terre brûlée financière, c’est le citoyen lambda qui sert de combustible. « C’est une double guerre », confie un habitant, le regard vide. « Il y a celle qui crépite au front, et celle, sans arme, qui nous affame dans nos maisons, c’est l’arme à double tranchant. »
Pour les autorités, il s’agissait de « protéger les avoirs ». Pour la mère de famille de Goma, c’est un abandon pur et dur. Comment payer les soins, l’école ou la nourriture quand votre épargne est otage d’une décision politique ?
Le système d’épuisement
Face à ce vide, une économie de l’ombre, coûteuse et périlleuse, a vu le jour. Les plus fortunés franchissent les frontières ougandaise ou rwandaise pour retirer quelques dollars. Les plus téméraires parcourent des centaines de kilomètres jusqu’à Beni ou Lubumbashi pour ramener des devises, revendues avec des taux d’intérêt usuriers de 5%.
« Nous n’avons pas le choix. C’est une charge que la nature — ou plutôt la politique — nous impose », regrette un père de famille. Mais jusqu’à quand ? « Goma devient un mouroir. Le circuit économique est amer, les gens perdent leur emploi. On se sent abandonnés à notre triste sort », s’alarme une commerçante dont le stock s’amenuise de jour en jour.
La méfiance des belligérants
Pendant que le slogan « GOMA IKO NGUVU » (Goma est forte) tente de maintenir un semblant de dignité, le constat est amer : les belligérants, eux, ne souffrent pas. L’AFC/M23 s’appuie sur les richesses minières des zones conquises, tandis qu’à Kinshasa, on multiplie les promesses sans lendemain.
Il est temps de rompre ce silence coupable, la sécurité nationale ne peut se bâtir sur la confiscation du pain des plus pauvres. Maintenir ce blocus financier sans offrir d’alternative humanitaire est une violation du droit Internationale humanitaire. La population de Goma n’a pas choisi cette situation et en ricochet ne demande pas la charité, elle réclame son droit légitime à disposer de ses propres ressources pour survivre.
La résilience a ses limites. Avant que le dernier souffle économique de Goma ne s’éteigne, le gouvernement doit réévaluer cette mesure. On ne gagne pas une guerre en affamant ses propres enfants