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Dans la cité frontalière de Kasindi-Lubiriha, située dans le territoire de Beni, les femmes s’imposent désormais comme des actrices incontournables du vivre-ensemble. Qu’il s’agisse de la sensibilisation des familles, de l’accompagnement des victimes de violences ou de la médiation communautaire, leur engagement quotidien forge la résilience d’une région éprouvée. Pourtant, malgré ce rôle crucial de stabilisatrices, leur voix peine encore à porter au sein des instances de prise de décision.

Reportage de LibuManga Rachidi Black

Au chevet des foyers et des camps de déplacés

Dans les quartiers animés comme dans la précarité des camps de déplacés de Kasindi-Lubiriha, les femmes leaders ont investi le terrain de la cellule familiale pour panser les plaies de la communauté. Violences psychologiques, mariages forcés, privations économiques : aucun tabou ne leur échappe.

Bastola Mwamini Brigitte, l’une des figures de proue de ce leadership féminin local, incarne ce combat au quotidien. Sa mission ? Écouter, apaiser et orienter : « Lorsque nous recevons ces cas, nous travaillons en synergie avec la Division Genre et d’autres organisations spécialisées », explique-t-elle : « Notre rôle est d’orienter les victimes vers les structures compétentes, mais aussi de sensibiliser les femmes sur l’éducation des enfants, l’enregistrement des naissances et la gestion de la vie de famille. Notre but ultime est de bâtir des foyers sains et harmonieux. »

Le maillon fort de la résilience communautaire

Cet activisme de proximité dépasse le simple cadre de l’aide sociale. Pour les observateurs locaux, les femmes représentent le véritable ciment de la stabilisation de cette zone frontalière stratégique. Un constat partagé par la société civile, qui voit en elles le moteur du relèvement local : « L’apport de la femme dans la restauration de la paix et le renforcement de la résilience à Kasindi-Lubiriha s’inscrit dans une approche purement communautaire », affirme Beya Paul, rapporteur général de la société civile forces vives du groupement Basongora : « La femme est au centre du développement de notre entité et sa contribution demeure fondamentale pour trouver des solutions aux maux qui nous touchent. »

L’éternel défi de la représentativité politique

Cependant, un paradoxe persiste. Si leur efficacité sur le terrain pour rapprocher les communautés et prévenir les conflits est unanimement saluée, les femmes restent les grandes oubliées des sphères du pouvoir local. Un plafond de verre que dénoncent plusieurs défenseurs des droits humains dans la région : « Dans plusieurs décisions stratégiques qui concernent la communauté, la femme est souvent mise de côté », regrette le militant Djibou Musyaguswa Bin Léonard : « Pourtant, lorsqu’on parle de cohabitation pacifique, c’est elle qui fournit le plus d’efforts pour rapprocher les esprits. Elle possède des atouts majeurs qui méritent d’être pleinement intégrés aux instances décisionnelles. »

À Kasindi-Lubiriha, l’engagement des femmes reste pour l’instant un travail de l’ombre, discret mais profondément déterminant. Jour après jour, elles continuent de tisser les fils du vivre-ensemble, en attendant que leur poids politique soit enfin à la hauteur de leur impact social.