Autrefois minées par les tensions et les conflits de limites, les relations entre le Parc national des Virunga et les communautés agricoles de Kasindi, dans le territoire de Beni, connaissent une trêve historique. Entre l’érection d’une clôture électrique de démarcation et l’instauration d’un dialogue permanent sous la médiation de la société civile, les armes de la discorde ont laissé place à une cohabitation pacifique durable.
Par Fred Mastaki
La clôture de la paix à « Congo ya Sika »
Dans la zone frontalière communément appelée : « Congo ya Sika », le quotidien des cultivateurs a radicalement changé. Là où la peur des expulsions et les altercations avec les écogardes rythmaient les saisons, règne désormais un climat de sérénité. Le point de bascule ? L’installation d’une clôture électrique qui trace une frontière claire entre les champs des villageois et le sanctuaire de la biodiversité : « Depuis près d’un an, nous vivons en paix », se réjouit Nzembule Juakali Augustin, l’un des représentants des agriculteurs locaux. « Depuis l’installation de la clôture électrique de démarcation, il n’y a plus de mésentente. Les écogardes passent sans nous déranger et nous respectons les limites. »
En cas de friction, les exploitants ne cèdent plus à la colère : ils se tournent vers la société civile locale, devenue le pivot de la gestion des crises. Un mécanisme de médiation salué par les communautés, qui appellent à pérenniser cette collaboration.
L’ICCN mise sur la « conservation communautaire »
Cette accalmie n’est pas le fruit du hasard, mais d’un changement de paradigme du côté des gestionnaires de l’aire protégée. L’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) a remisé les méthodes purement répressives au profit d’une approche participative : « Nous privilégions le dialogue dans un esprit de conservation communautaire », explique Bienvenue Bwende, responsable de la Communication et de l’Éducation environnementale au Parc national des Virunga. « Nous adoptons une approche de démarcation participative pour clarifier les limites du parc avec les communautés. En cas de mésentente, nous échangeons avec les personnes concernées afin de trouver une solution. »
Le défi du développement économique
Au-delà des mots et des clôtures, l’ICCN est conscient que la paix sociale dépendra aussi de l’assiette des riverains. Pour le plus ancien parc national d’Afrique, la protection de la biodiversité ne peut se faire au détriment de la survie humaine. L’institution rappelle ainsi la nécessité de déployer des alternatives économiques viables pour ces populations qui ont, pendant des décennies, dépendu des ressources naturelles du parc pour subsister.
Aujourd’hui, à Kasindi, écogardes et agriculteurs partagent le même constat : le dialogue reste la meilleure arme pour cultiver une cohabitation durable.