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À Oïcha, chef-lieu du territoire de Beni, l’installation de forages photovoltaïques par des organisations humanitaires transforme le quotidien des habitants. Au-delà de l’accès à l’eau, ces infrastructures deviennent de véritables outils de paix, apaisant les tensions historiques entre populations locales, déplacés de guerre et familles de militaires.

Par D’Assise BASHIZI KIBONDO

Jadis théâtre de disputes incessantes, les points d’eau d’Oïcha respirent désormais la quiétude. Dans cette partie du Nord-Kivu, l’accès à l’or bleu n’est plus un facteur de division, mais un moteur de rapprochement social. Grâce à l’implantation de forages alimentés par l’énergie solaire, le climat de méfiance entre les communautés bantoues et les peuples autochtones (Pygmées) laisse place à une cohabitation pacifique.

La fin du « temps des disputes »

Au quartier Mabasele, qui concentre un grand nombre de déplacés et de dépendants militaires, le changement est radical. Esther Mukeina, sentinelle au point d’eau « Yesu ni Jibu », se souvient de l’époque des tensions : « Avant, les femmes s’injuriaient et en venaient même aux mains pour remplir leurs récipients. C’était permanent. Aujourd’hui, nous parlons le même langage. Femmes de militaires, déplacés et autochtones, nous formons une communauté soudée autour du forage. »

Ce constat de fraternité se répète au quartier Mbimbi, où la réduction des bousculades a favorisé un dialogue intercommunautaire apaisé.

Un patrimoine à protéger

Pour Kambale Musema Evariste, coordonnateur du Comité de gestion des points d’eau à Oïcha, ces infrastructures sont providentielles, bien que le besoin reste encore criant. « Les sources naturelles étaient trop sollicitées, ce qui générait des conflits. Ces nouveaux forages ont fait baisser la pression », explique-t-il, tout en appelant les usagers à une gestion responsable : « La population doit protéger ce patrimoine en bon père de famille pour en garantir la pérennité. »

Sécurité renforcée pour les femmes

Outre la cohésion sociale, l’impact est sécuritaire. En rapprochant l’eau des habitations, ces projets protègent les femmes et les jeunes filles. Ces dernières n’ont plus à parcourir de longues distances vers des zones isolées ou suspectes, réduisant ainsi les risques d’agressions.

À Oïcha, le forage photovoltaïque n’est pas qu’un simple ouvrage technique ; c’est un symbole de dignité retrouvée et un rempart contre l’instabilité communautaire.

 

Encadré : FOCUS : Comment fonctionne un forage photovoltaïque ?

Contrairement aux pompes manuelles classiques qui demandent un effort physique important, le forage photovoltaïque utilise l’énergie du soleil pour automatiser l’extraction de l’eau.

  1. Captage : Des panneaux solaires installés en surface transforment le rayonnement solaire en électricité.
  2. Pompage : Cette énergie alimente une pompe immergée dans la nappe phréatique (à plusieurs dizaines de mètres de profondeur).
  3. Stockage : L’eau est acheminée vers un réservoir surélevé (château d’eau) qui permet de stocker la ressource durant la journée.
  4. Distribution : Par simple gravité, l’eau est distribuée aux robinets de la borne-fontaine.
    Avantages : Un débit constant, aucun coût de carburant et une maintenance réduite.