Reportage réalisé par Justin BIZIMANA
Entre étincelles et résilience : le quotidien de l’atelier
Jeudi matin, il est à peine 7 heures. Alors qu’une pluie battante s’abat sur la ville de Beni, l’activité bat déjà son plein au centre de formation Mabondeni, situé à quelques encablures du marché Kilokwa. Dans la lueur des flammes et le fracas du métal, nous rencontrons Kabale Mbavumoja Ismaël, un jeune forgeron qui a trouvé ici sa voie.
Outils en main, il détaille avec fierté sa production quotidienne : « Dans cet atelier, nous fabriquons des braseros, des haches, des marmites, des porte-cadenas, des charnières ainsi que divers motifs décoratifs pour les portes métalliques. Grâce à Dieu, cela nous permet de gagner notre vie. Même si l’affluence des clients varie, nous arrivons toujours à nous en sortir au quotidien. »

Briser les stéréotypes :
Les femmes s’imposent à l’enclume ; La forge n’est plus l’apanage exclusif des hommes à Beni. Madame Kavira, mère de quatre enfants, en est la preuve vivante. Faute d’avoir trouvé un emploi classique, elle a choisi d’embrasser ce métier exigeant pour garantir l’avenir de sa famille : « J’étais sans emploi, c’est ce qui m’a poussée à m’initier à la forge », confie-t-elle avec assurance : « Aujourd’hui, ce travail subvient à tous mes besoins, de la scolarité de mes quatre enfants jusqu’à leurs soins de santé. » Forte de sa propre expérience, elle lance un appel vibrant : « J’encourage les autres jeunes filles sans emploi à venir apprendre ce métier. Une fois qu’elles auront acquis le savoir-faire, elles pourront elles aussi évoluer et devenir autonomes. »
Mabondeni : une main tendue vers l’avenir
Face aux résultats concrets obtenus par ses apprenants, la direction du centre de formation professionnelle Mabondeni multiplie les efforts pour attirer de nouveaux profils. L’établissement ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : « Notre structure encadre actuellement près de 75 personnes ici à Mabondeni, mais nous gérons aussi d’autres antennes implantées dans les communes environnantes ainsi que dans le territoire de Beni », expliquent deux membres du comité de gestion du centre.
Pour ces responsables, la formation technique reste l’une des armes les plus efficaces contre la pauvreté et l’enrôlement des jeunes dans les groupes armés : « Que les jeunes qui veulent apprendre viennent à notre rencontre, nous sommes prêts à les former. C’est une activité rentable. Avec du courage et de la détermination, n’importe quel jeune peut réussir à payer ses frais de formation et dégager les ressources nécessaires pour assurer sa propre survie. »
Au-delà de la métallurgie, le centre Mabondeni continue de diversifier ses filières techniques. L’objectif demeure inchangé : offrir des perspectives d’avenir concrètes à tous ceux qui souhaitent apprendre un métier pour devenir les artisans de leur propre destin.