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Reportage de Chantal Kahashi pour La Voix de la Paix
Dans la ville de Beni, longtemps marquée par la violence et la méfiance entre civils, militaires et forces de sécurité, une initiative locale originale redonne espoir. Une chorale dite « de paix » réunit aujourd’hui civils, policiers et militaires autour d’une passion commune : la musique. Un cadre inédit qui contribue progressivement à restaurer la confiance et à renforcer la cohésion sociale.
Autrefois, les relations entre la population civile et les forces de sécurité étaient empreintes de suspicion. « Auparavant, certains civils lançaient des pierres aux policiers, les accusant d’être complices des malfaiteurs qui troublaient la ville de Beni. Aujourd’hui, nous comprenons qu’il y a déjà une collaboration entre nous », témoigne un policier membre de cette chorale.
À travers les répétitions et les prestations musicales, les barrières tombent peu à peu. Les uniformes s’effacent derrière les voix harmonisées, laissant place à une nouvelle forme de cohabitation basée sur la fraternité. « Depuis que nous avons commencé à chanter ensemble, nous vivons comme des frères et des amis. Ceux qui ont encore des préjugés devraient venir nous rejoindre pour construire la paix ensemble », confie une participante.
Du côté des militaires, le changement de perception est également palpable. « Je me sens à l’aise lorsque nous sommes unis. Je suis militaire, mais j’invite la population à arrêter de nous stigmatiser. Qu’ils viennent pour que nous avancions ensemble », lance un soldat engagé dans l’initiative.
Même son de cloche chez les responsables de la police. « Nous sommes désormais ensemble avec les civils comme des poissons dans l’eau. Si l’un a un problème, cela nous concerne tous. Nous devons marcher ensemble », explique un commissaire adjoint.
Au-delà de la musique, cette chorale s’impose comme un véritable espace de dialogue, de rapprochement et de reconstruction du tissu social. Selon Kambala Kapanga Ignace, président de la chorale, l’impact est déjà visible : « Nous sommes unis pour empêcher l’ennemi de s’infiltrer parmi nous. Grâce à cette collaboration, certains vont même jusqu’à déposer les armes. C’est une preuve que notre initiative porte des fruits. »
Dans un contexte sécuritaire encore fragile, cette chorale civilo-militaire apparaît comme un symbole fort du vivre-ensemble retrouvé. Elle démontre qu’au-delà des divergences et des blessures du passé, la paix reste possible lorsque les communautés choisissent de se rapprocher.
À Beni, les notes de musique remplacent peu à peu les bruits de la violence, ouvrant la voie à une coexistence pacifique et durable.