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Face à l’insoutenable crise sécuritaire qui déchire le Nord-Kivu, la jeunesse et la société civile de Butembo et de Beni brisent le silence. Indignés par les guerres d’ego et les récentes tensions médiatiques entre le gouverneur militaire et un élu national, les habitants exigent une union sacrée de leurs dirigeants. Pour la population, toute discorde au sommet ne fait qu’aggraver le gouffre humanitaire et retarder le retour de la paix. Par MAGUY MASIKA

Dans une région de l’est de la République Démocratique du Congo asphyxiée par une instabilité chronique, les querelles politiciennes ne passent plus.

Au Nord-Kivu, les citoyens appellent désormais leurs leaders et représentants, à tous les niveaux, à une union immédiate pour sortir la province du chaos. Le message de la base est sans équivoque : la discordance des vues et les polémiques intestines ne feront qu’empirer une situation sécuritaire déjà dramatique.

De nombreux analystes locaux partagent ce constat : les dirigeants doivent impérativement privilégier l’intérêt supérieur du peuple au lieu de s’attarder sur des rivalités de positionnement qui ne profitent à personne.

Cette exigence fait directement écho à la récente mésentente entre le gouverneur de province et un député national élu de Butembo, un feuilleton politique qui a enflammé la chronique locale.

Des divisions rejetées

Interrogés sur ces tensions, la plupart des Nord-Kivutiens adoptent une posture de rassembleurs. Ils refusent de jeter de l’huile sur le feu et renvoient les deux personnalités face à leurs responsabilités : « Cette guerre de communication n’est pas bénéfique à la province. Elle semble uniquement basée sur des intérêts politiques personnels », déplore un jeune de Butembo.

Un autre citoyen aborde dans le même sens, fustigeant une déconnexion totale avec les réalités du terrain : « Je ne vois absolument pas l’importance de ces polémiques alors que nous traversons les moments les plus sombres de notre histoire. Au regard des atrocités commises en ville comme dans le territoire de Beni, et partout ailleurs dans la province, l’heure devrait être à la recherche collective de solutions, pas aux divisions. »

Un appel à la sagesse

Face à ce clivage délétère, les structures citoyennes montent au créneau pour proposer des voies de sortie. Samuel Don Sekanabo, président du Parlement des jeunes de la ville de Beni, exhorte les deux autorités à faire preuve de maturité politique et à capitaliser sur leurs forces respectives pour le bien de la communauté.

Selon ce leader de la jeunesse, la formule pour une paix durable repose sur des engagements clairs notamment : Reconnaître les limites : Que ce soit l’autorité, provinciale ou l’élu du peuple, chacun possède des points forts et des faiblesses, Privilégier la fraternité : En tant que fils d’une même province meurtrie, ils ont l’obligation morale de travailler main dans la main, Agir avec sagesse : Conjuguer les efforts institutionnels pour bâtir un front commun contre l’ennemi de la paix.

Vers l’apaisement

Le chemin vers l’apaisement semble néanmoins se dessiner. Lors de son unique sortie médiatique consacrée à cette actualité, le gouverneur de la province du Nord-Kivu, le général-major Kakule Somo, a tenu à calmer le jeu.

Il a officiellement déclaré partager des relations de fraternité avec le député national Mbindule Mitono.

Cette mise au point publique a été accueillie avec soulagement par l’opinion.

Elle donne le coup d’envoi d’un processus essentiel d’apaisement politique. Dans une province qui lutte pour sa survie, l’unité du leadership n’est plus un luxe, mais un impératif de sécurité nationale.